Avant la pandémie, le tourisme connaissait une croissance vertigineuse à l’échelle planétaire. Nous étions sur une lancée qui devait permettre à l’industrie touristique mondiale d’atteindre dix ans plus tôt que prévu la cible que l’organisation mondiale du tourisme s’était donnée relativement au nombre de voyages internationaux planétaire. Le secteur du tourisme était, à l’instar de plusieurs secteurs industriels, dans une course effrénée à la croissance, sans trop réfléchir aux conséquences de cette gourmandise incontrôlée.

Cependant, les signaux précurseurs d’une prise de conscience se mettaient déjà en place et un certain nombre de destinations se retrouvaient aux prises avec les effets pervers de la performance du secteur: Écosystèmes fragilisés et tensions avec les populations locales ternissaient déjà la promesse d’expériences mémorables de nos joyaux touristiques.

 

Quelques exemples qui parlent :

 

Venise, bondée de touristes :

Source : Touristes à Venise. | Miguel Medina / AFP : Venise se rebiffe contre le tourisme de masse | Slate.fr

Le Machu Picchu et la pression sur ses sentiers :

Source : La fréquentation de la célèbre citadelle inca du Pérou a triplé depuis le début des années 1990. PABLO PORCIUNCULA BRUNE/AFP : Pérou: la parade du Machu Picchu pour se protéger du tourisme de masse (lefigaro.fr)

La baie d’Along polluée par les visiteurs trop nombreux et trop peu encadrés :

Source : Slow and sustainable travel vs mass tourism | Fairbnb.coop – Community powered tourism

 

Une pause nécessaire

La mise en arrêt forcé du secteur touristique aura ainsi permis à l’ensemble des acteurs de l’industrie de prendre un peu de recul sur la gestion de sa pratique. Certaines destinations, délaissées par leur population alors qu’elles abusaient de la manne touristique, se sont retrouvées désertées la pandémie venue et ont pris la pleine mesure du phénomène de dévitalisation de leur tissu social qu’elles avaient engendré.

Cette prise de conscience se sera d’ailleurs étendue aux touristes vis-à-vis des impacts de leurs voyages sur les écosystèmes et les populations locales. La nature a repris ses droits à certains endroits et l’industrie a finalement profité de cette pause forcée pour réfléchir à ses responsabilités dans notre condition environnementale actuelle.

 

Une relance responsable

Alors que l’industrie se remet en marche en tenant compte des évolutions dans les habitudes et intérêts des visiteurs, on observe l’émergence d’une nouvelle forme de tourisme : Plus que verte, plus que durable ; Régénératrice.

En effet, bien que le concept d’économie régénératrice ne soit pas complètement nouveau, la notion de tourisme régénérateur, elle, est relativement récente dans l’écosystème touristique mondial. Puisque le tourisme régénérateur a d’abord été conceptualisé en réaction au phénomène de surtourisme, on l’identifie comme un phénomène qui a l’ambition de réhabiliter la pratique touristique au sein des communautés locales, tout en redonnant plus qu’elle ne consomme. Les penseurs touristiques réfléchissent le tourisme régénérateur en fonction de la valeur ajoutée que le visiteur peut apporter à la destination et à la valeur ajoutée que le tourisme peut apporter à la communauté et sa population.

 

Si le tourisme régénératif concerne surtout le surtourisme, pourquoi on vous en parle?

Le Créneau d’excellence en tourisme d’aventure et écotourisme a intégré les principes d’économie régénératrice et de tourisme régénérateur au cœur de sa planification stratégique 2020-2025.

Bien que les caractéristiques généralement associées au surtourisme soient peu répandues dans notre région, certains signaux suggèrent que nous amorcions une réflexion sur notre capacité touristique et nos cibles acceptables pour le bien-être de nos populations et de leurs visiteurs. Pour utiliser une allégorie qui illustre cette idée, la meilleure façon d’éviter un accident, c’est d’en prévoir les risques au préalable et de se doter d’un plan pour éviter qu’il ne se produise.

Ceci dit, au-delà de son approche à l’égard du surtourisme, c’est son caractère holistique qui nous intéresse dans la notion d’économie régénératrice. Nous sommes profondément convaincus que le tourisme, et d’autant plus le tourisme d’aventure et l’écotourisme, peut être un puissant agent de mieux-être des communautés de la région.

Tout d’abord, le tourisme d’aventure privilégie la qualité à la quantité en générant les plus importantes retombées locales par tête de pipe. Déjà ça, c’est un très grand pas vers une gestion saine de la capacité touristique des milieux, et la gestion des risques associés aux dangers du surtourisme.

Ensuite, le tourisme est trop souvent une économie de substitution pour les petites localités afin de se sortir d’un désastre économique associé à l’effondrement d’une économie trop souvent dépendante de l’industrie primaire de l’extraction de ressources. Ne serait-il pas intelligent d’établir le tourisme non pas comme une économie de repli, mais davantage comme un agent fort et structurant d’un mix économique qui favorise la cohabitation d’industries souvent identifiées comme étant concurrentes (voir ici le tourisme et la foresterie, par exemple). Si le tourisme est un substitut de qualité, pourquoi ne pourrait-il pas être un pilier fondamental de l’économie d’une localité. Parlez-en à nos amis de l’Anse-St-Jean qui semblent avoir bien compris le concept.

Finalement, les infrastructures de plein air, utilisées tant par les touristes que les « locaux », contribuent à la fois à l’apport économique lié au tourisme qu’aux saines habitudes de vie des habitants et, conséquemment, à une meilleure santé de la population.

Quand on parle d’économie régénératrice, on parle de poser un regard transversal multisectoriel afin de proposer le meilleur mix possible de retombées économiques, sociales et environnementales afin de mettre en place en environnement attractif pour la population et économiquement résistant. C’est une approche holistique du développement, s’intéressant aux différents piliers du développement durable, et une approche multisectorielle du point de vue économique.

C’est justement là que s’appuie notre vision, soit de « …contribuer à faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean une destination touristique qui inspire et stimule l’épanouissement des communautés qui ont fait le choix d’un développement régénérateur, responsable et équilibré de leur milieu de vie ».

Un rendez-vous à ne pas manquer

Le tourisme régénérateur sera le thème du premier d’une série de « Rendez-vous du Créneau » qui se tiendra le 15 octobre prochain, à l’Auberge des îles de Saint-Gédéon. C’est une date à mettre à vos agendas pour en apprendre plus sur le sujet, réfléchir ensemble sur l’adaptation des principes à vos réalités et (enfin) se rassembler.